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Feuille 1/100.000 NH-30-XIV-4 (Taouz-Ouest)

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La forteresse antique d’Ouafilal, site A

A l’extrémité du jebel Ouafilal, l’éperon rocheux qui termine la petite chaîne montagneuse et les importants restes de murailles d’une cité antique attirent de loin les regards sur ce site connu depuis longtemps. Le point culminant est situé vers l’extrémité SW où des rochers abrupts constituent une défense naturelle; la pente générale du terrain s’abaisse vers le NE où un mur de pierres délimite une vaste enceinte qui a dû constituer anciennement la forteresse. Ce mur est construit d’un seul tenant dans son épaisseur et ne comporte pas les habituels parements réunis par un blocage; bien des constructions semblent dater d’une époque moins antique. Vers l’Est, détaché de la grande enceinte, un petit mamelon est entouré d’une autre muraille de pierres disposées avec régularité; on remarque une entrée au milieu du grand côté, au SE. L’intérieur présente une rangée de chambres (greniers ?) étroites et longues, adossées à la muraille qui mesure 1,20 m d’épaisseur. Parmi les pierres qui ont servi à la construction, des dalles, qui portent des traces de gravures, semblent antérieures à leur emploi comme matériau de construction.
Le colonel Le Pivain semble en avoir été l’inventeur et le premier photographe des gravures rupestres d’Ouafilal; trois de ses photos ont été reproduites par le professeur Théodore Monod dans Contribution à l’étude du Sahara occidental, Larose 1938, qui publia également trois croquis de “chars à deux roues” dessinés d’après ces photos. A. Ruhlmann, qui avait visité le site, publia trois photos de “chars à deux roues, du style géométrique bien connu” dans Recherches de la préhistoire dans l’extrême sud marocain, Geuthner 1939. Le char schématique qui ornait le fanion du Makhzen méhariste de Taouz indiquait bien que les gravures de cette station avaient été remarquées, sans doute dès la création du poste en 1932; mais il ne semble pas que les investigations des premiers curieux se soient étendues au-delà de la forteresse du site A. L’existence d’autres gravures dans le voisinage avait pourtant été remarquée par des ingénieurs chargés de prospecter cette région riche en gisements miniers. Les filons de galène étant depuis longtemps exploités par les indigènes, les prospecteurs attribuèrent aux mineurs de l’antiquité, les dessins gravés sur les roches.
En 1954, puis en 1955, Jacques Meunié et Charles Allain, venus photographier, calquer et dessiner les gravures du site, découvrirent que celles-ci ne se trouvaient pas seulement sur la crête méridionale de la colline d’Ouafilal mais bien sur toutes les roches verticales, inclinées ou horizontales, présentant une surface suffisamment lisse pour se prêter à la gravure, et particulièrement sur les pentes SE, presque jusqu’à la base. Le plus grand nombre de ces gravures représente des chars stylisés à deux roues, mais il convient d’insister sur le fait que, le dessin mural appelant le dessin, toutes les gravures ou graffitis ne sont pas de même époque. Certaines dalles se sont fendues depuis l’exécution des gravures; d’autres s’écaillent en surface, rendant souvent les dessins presque illisibles. C’est vraisemblablement le passage ou le stationnement de différentes troupes qui a modifié l’aspect des vestiges de murs et de remparts du voisinage et qui rend incertain tout essai de datation.

Les chars, existant sur les trois sites, sont particulièrement nombreux au sommet et sur le versant en gradins de la colline d’Ouafilal. Il existe deux sortes de chars : ceux qui n’ont qu’un timon central destiné à recevoir un attelage de deux bêtes; et ceux qui comportent deux timons utilisant un attelage de quatre bêtes. Les premiers possèdent presque toujours un châssis de forme semi-circulaire; les seconds supportent une caisse quadrangulaire, divisée généralement en quatre compartiments. Dans les deux cas, les chars ne comportent que deux roues, et il n’y a pas de figuration humaine dans le voisinage. A Ouafilal, on remarque un train de chars réunis par le timon. La facture de gravure est grossière et les traits, obtenus par piquetage serré renouvelé, sont profonds. Les différences observées dans la patine, les formes et les dimensions, peuvent indiquer que l’exécution de ces gravures a connu une certaine pérennité. Les occupants de ce point stratégique semblent avoir imité, dans leurs moments de loisirs et à diverses époques, les faciles représentations. Disséminées sur les sites A et C, d’autres figures, plus rares, représentent des cercles concentriques à éléments multiples, ou des figures en forme de sabots de bêtes, ou anthropomorphiques, entourant d’autres figures à tracés concentriques.

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Le site B

A 2,5 km au SSW du jebel sur lequel se trouve la forteresse antique de Ouafilal, le site B se présente sous l’aspect d’un îlot rocheux isolé mesurant environ 400 m sur 200. Vers l’extrémité Est, quatre anciens fours à goudron (qui servait à soigner les chameaux) pourraient être confondus, au premier abord, avec des tumulus; ce sont d’ailleurs les mêmes pierres ou dalles qui ont servi à la construction des fours et peut-être a-t-on démoli des tumulus pour se les procurer. Quelques tumulus authentiques sont visibles sur la croupe NE et vers le sommet; le plus grand a été ouvert et laisse apparaître au centre une chambre circulaire de 2 mètres de diamètre, limitée par des dalles dressées. Les gravures se trouvent sur les dalles légèrement inclinées de l’extrémité orientale. Elles représentent des chars à deux roues ressemblant à ceux du site A, mais exécutés à plus grande échelle; il se trouve également des contours de sandales (teratimine) avec les points d’attache des courroies parfois indiqués.

La nécropole préislamique, site C.

Le troisième site s’étend sur une colline allongée, au pied de la montagne, à un kilomètre et demi en aval et au SW du site B. On y trouve des gravures d’animaux et de chars (aujourd’hui les chars ont disparu), comme sur les sites précédents. Les tumulus préislamiques du voisinage, sont d’un type plus élaboré que les habituels tertres, ou tas de cailloux recouvrant des caveaux funéraires, et ne sont pas tous semblables. Le tumulus le plus important, placé dans une situation dominante, est de plan circulaire; sa base, constituée par un mur vertical, est construite en pierres appareillées vers la face externe; une entrée s’ouvre vers l’ESE. D’autres, bien que moins importants, présentent les mêmes caractéristiques. Pour tous ces tumulus, la partie supérieure n’est qu’un entassement de pierres qui forment un cône plus ou moins aplati, parfois creusé au centre, sans qu’il soit possible de décoder si ce creux est la forme d’origine ou s’il résulte de tentatives de fouilles. D’autres tumulus, plus petits, n’ont pas de murs circulaires construits, ni d’entrée et ressemblent à ceux que l’on trouve en grand nombre dans bien des régions du Sud marocain. Deux tumulus sont de plan rectangulaire, mais leur base est constituée, elle aussi, par un mur vertical et ils ont également une entrée vers l’Est. Hors des limites de la colline, à part quelques exceptions, la plupart des tumulus sont du type ordinaire, présentant l’apparence d’un tas de pierres, sans entrée, ni base construite. Sur la rive gauche du Ziz, en face du site C, au pied du jebel Kfiroun (859 m) un important tumulus, qui mesure 15 mètres de diamètre et 4 de hauteur, ne présente pas de construction appareillée, mais est entouré d’un cercle de pierres de 21 mètres de diamètre.
Si certains des tumulus de Taouz s’apparentent à des formes signalées dans le Sud oranais (400 km de distance), les tumulus à mur circulaire construit, avec leur entrée à l’Est, commandant une ou plusieurs chambres, présentaient une disposition encore inconnue en 1955, époque où Jacques Meunier et Charles Allain entreprirent leur campagne officielle de fouilles. Le résultat de ces fouilles, effectuées sur des tumulus de formes différentes, a fait l’objet d’une publication dans Hespéris, Archives berbères et bulletin de l’Institut des Hautes Études Marocaines, tome XLIV, 1957. Il en ressort que dans le grand tumulus dominant, probablement déjà en partie fouillé par des pillards, les quatre chambres qui furent mises à jour ne révélèrent aucun squelette, ni aucun mobilier funéraire. Seule une fosse creusée au centre du tumulus, atteinte par une tranchée latérale et trouvée non violée, a donné quelques fragments de tibias mais aucun bijou ni aucun mobilier. Il en résulte que les chambres situées face à l’entrée Est, dont l’accès restait libre de l’extérieur, n’ont pas dû être des tombeaux mais ont pu servir à la célébration de rites funéraires. La fouille d’un tumulus rectangulaire a également révélé une fosse avec des fragments d’ossements épars mais avec quelques objets de parure mêlés à des morceaux d’ocre rouge : un anneau de bronze, des débris de bois et de coquilles, un morceau de fer s’apparentant à un clou, une perle en pâte de verre bleue, et une soixantaine de perles en coquilles d’œufs d’autruche trouvées juxtaposées dans la terre tassée et comme enfilées pour former un collier. La maîtrise de la datation au C14 n’étant pas à l’époque encore utilisée, il est difficile aujourd’hui d’avancer une date pour ces sépultures; toutefois de nombreuses campagnes de fouilles effectuées depuis sur des tumulus du Sahara ont révélé une période s’étendant en moyenne de 5000 ans avant JC jusqu’au début de l’ère chrétienne.

Les représentations d’animaux, bovidés ou bovinés, sont réparties sur le site. Les scènes principales sont groupées sur une grande dalle de quartzite en plan incliné, s’étendant de 40 à 60 mètres au NE du tumulus le plus important; des bêtes isolées sont disséminées un peu partout sur le reste du site. Quelques figurations humaines accompagnent certains bovidés. Les gravures sont piquetées; un pointillé léger et serré ressortant sur des points plus espacés semble indiquer des différences de couleur ou d’épaisseur dans le pelage des bêtes.

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